ENTRETIEN AVEC CÉLINE MOUCHEL, TISSEUSE DE SOI

LA JOIE D'IMAGINER AVEC EUX... #15

Céline Mouchel reçoit avec sa poésie et sa malice. Aussi inconscientes que belles. On y ressent une forme de tendresse mûre qui ignorerait presque sa puissance. Les parfums ne sont jamais loin. Il y a les essences travaillées et le brut de l'iode breton. Céline ne perd pas son chic dans le bush et retrouve son brut avenue Montaigne. Cela ressemble aux contrastes colorés des fils de soi. Car Céline tire ses fils de vie sans tricher. Le coloré, le sombre. Comme elle dit joliment : " j'ai des fissures mais je suis majoritairement joyeuse ". L'aplomb s'invite sans jamais déranger. Le sentiment de paix aussi. C'est une vraie joie d'imaginer avec Céline.


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J’ai la conviction que si nous voulons donner corps à nos utopies, à nos mondes d’après, le premier voyage, c’est le nôtre. Commencer par Soi.

J’ai mis du temps avant d’oser explorer mon chemin. Des années de bonne élève ancrées en moi. Atteindre les objectifs. Sourire. Afficher une posture forte, sans écorchure. Sourire. Museler la petite voix intérieure, la considérer comme hors de propos. Sourire. Avancer. Écarter le doute. Sourire. Mais au fond j’ai peur. Peur de ne pas être à la hauteur. Peur de tomber. Peur d’être à nue. Alors je me protège, coûte que coûte. Ne pas s’aventurer en dehors des chemins balisés, prendre le moins de risque possible, penser comme la majorité.


Et un jour, au détour d’une formation, la première fissure. La rencontre avec une altérité insoupçonnée : les peuples premiers. La claque. Tout résonne. Si juste, si fort, si puissant. Première fissure. Premier fil vers moi. Mais comment continuer ? Comment traverser ma peur ? Comment sortir de mes postures sociales ? Comment retrouver ma voix ? Pour moi ce sera doucement. Un pas après l’autre. Traverser l’inconfort. Trouver un deuxième fil. Reprendre mon souffle. Recommencer. Jusqu’au fil, quelques années plus tard, qui m’emmène au beau milieu de la Savane zambienne. Trois années de vie. Magiques. Trois années qui me réconcilient avec la joie simple d’exister. Le point de bascule ? Ressentir ma place dans l’écosystème. Ma juste place. Au milieu de la brousse, on comprend instantanément que nous ne sommes pas si puissants. L’être humain n'est qu’un invité dans le royaume animal et végétal. La vulnérabilité, inhérente, redevient palpable. Cette nature sauvage m’a réconciliée avec ma fragilité. J’y ai trouvé une sérénité inattendue.


Se changer soi pour changer l’entreprise. L’entreprise, je l’aime profondément. Elle est, pour moi, par essence un lieu qui nous pousse hors de nos murs, qui nous révèle nos talents, qui nous apprend à vivre ensemble. Mais voilà, on a pris l’habitude de s’y enfermer dans de fausses postures. Intellectuelles. Sachantes. Parfois même hautaines. On y entre le matin en camouflant nos fragilités, en étouffant notre voix intérieure. On y gagne une impression de sécurité. On y perd tellement plus : notre alignement, notre authenticité, notre élan de vie. Et l’entreprise, elle, y perd son essence. Si nous souhaitons changer l'entreprise, donner vie à nos rêves, c'est avant tout nos postures que nous devons changer.


Mon fil suivant ? Rejoindre l’entreprise familiale. Sans toutes mes armures. Quitter mes propres postures de sachante. Redevenir étudiante. Écouter. Apprendre. Me tromper. Trébucher. Tomber. Recommencer. Essayer à mon échelle, de faire de l’entreprise un lieu où l’on puisse aussi se tisser soi. Quoi qu’il arrive, avancer le cœur grand ouvert.


Céline Mouchel


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A suivre sur la page Linkedin Utopia Hackers et Instagram @utopiahackers notre série "LA JOIE D'IMAGINER AVEC EUX..." qui donne la parole, en cette période difficile, à des voix nouvelles empreintes d'optimisme et de lumière. 

 
 

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